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Souvigné, commune « chouannée » |
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La nature à 4 kilomètres de la ville... |
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En décembre 1791, une nouvelle municipalité entra en fonction et eût une situation délicate à gérer, à cause de la constitution civile du clergé, qui avait placé les curés et les vicaires dans une fâcheuse alternative : prêter serment au nouveau pouvoir ou laisser la place à un prêtre assermenté. L’abbé Pineau, curé de Souvigné et son vicaire l’abbé Plassais ont refusé le serment et, le premier fut remplacé par l’abbé Duclos (juillet 1791), puis par l’abbé Drouet (octobre 1791). Les habitants de Souvigné n’acceptaient pas cette situation et regrettaient leurs anciens pasteurs, comme en apporte la preuve cette lette envoyée par les administrateurs du district de Sablé à ceux du Mans, le 6 février 1792. |
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Messieurs, Le fanatisme toujours croissant dans notre voisinage vient encore d’enfanter de nouveaux prosélytes. La municipalité de Souvigné en est une preuve trop convaincante. Il n’est pas de jour que ces rustres mal avisés n’inventent nouvelles choses pour jouer pièces (sic) à leur curé constitutionnel. Dernièrement encore ils ont fait murer une porte de communication qui depuis nombre d’années avait été faite pour la commodité du curé. Ce n’est pas tout, ils se sont emparés du registre des baptêmes, mariages et sépultures, et dimanche dernier lorsque le curé se présenta à l’autel pour la bénédiction du Saint Sacrement, il ne trouva point la clé du tabernacle qu’ils avaient cachée. Nous ne finirions point si nous entreprenions la liste de tous moyens qu’ils emploient pour dégoûter le sieur Drouet, leur curé. Nous avons mandé cette municipalité pour lui présenter ses torts, elle est convenue d’une partie, elle a rendu le registre au curé, elle a fait retrouver la clé du tabernacle, mais a répondu qu’elle ne ferait pas rouvrir la porte, disant qu’elle l’avait fait murer pour la sûreté de l’église, ce qui est faux. Il serait bon de les forcer de rétablir les choses dans le premier état. Nous vous prions, messieurs, de vouloir bien nous donner votre avis, la chose demande la plus grande célérité |
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Ces extraits des annales dionysiennes, ont été tirés de notes inédites du Marquis de Beauchesne, ancien maire de Souvigné, par le comte Bertrand de Montalembert |
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Aussi, lorsqu’au début de la Terreur, le gouvernement de la Convention, par le décret du 7 septembre 1793, voulut réquisitionner dans notre canton tous les citoyens capables de porter les armes afin de les envoyer en masse contre les Vendéens dont on annonçait l’approche, on apprit, tout d’un coup, que certaines communes, telles qu’Auvers, Avessé, Brûlon, Chevillé, Juigné, Précigné et Souvigné, après s’être laissé armer, au lieu de marcher vers la Loire, avaient proclamé le règne du fils de Louis XVI et se portaient sur Sablé pour en faire un centre d’insurrection. L’abbé Daugré fut arrêté quelques jours après à la Monnerie de Souvigné, sous l’inculpation d’avoir été l’un des chefs de cette insurrection. Effectivement, à à l’exemple de ce qui s’était passé à Saint-Denis d’Anjou, dans notre commune, une bande nombreuse de Chouans, après avoir désarmé les Bleus (les Vendéens nommaient ainsi les soldats de la République à cause de la couleur de leur uniforme) s’étaient réunis avec ceux de Saint-Denis, et s’étaient portés d’abord sur Souvigné puis sur Auvers. Il est vrai que le gouvernement républicain avait aussitôt assemblé à Sablé des forces considérables qui avaient dispersé les rebelles et que l’abbé Daugré paya de sa tête le rôle prépondérant, qu’à tort ou à raison on lui avait attribué. Condamné à avoir la tête tranchée, par arrêt du tribunal criminel du Mans comme principal auteur du soulèvement de Souvigné, il fût guillotiné sur le Champ de Foire de Sablé, le 28 septembre 1793. (pour en savoir plus sur cet événement, consultez la page spéciale consacré à cet abbé) La situation, à cette époque, est éclairée par cette lettre de Louis Le Maréchal, maire de Souvigné, au commissaire central du Mans, elle est datée du 23 germinal, an IV, (11 avril 1796)
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Le 15 de ce mois, un chouan, cultivateur de la commune de Souvigné, ennuyé de la vie de brigand, est venu me trouver. Nous l’avons renvoyé dans ses foyers, ainsi qu’il me l’a demandé. Après avoir reçu sa déclaration à l’administration municipale, les chouans l’ont attendu sur son passage et l’ont laissé mort sur la place. Cette petite commune, est l’une des plus contre-révolutionnaires de nos contrées, parce qu’elle touche au département de la Mayenne, à Saint-Denis d’Anjou, à Bouère où il n’y a pas de cantonnement. Les chouans y sont absolument maîtres et y exercent un despotisme atroce. |
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Deux capitaines chouans se sont particulièrement distingués à Souvigné, Risque-Tout et Mousqueton. Le premier, de son vrai nom Alexandre Le Roy, était meunier à la Basse Porte à Saint-Brice. Sa mère, à la mort de son mari, avait acheté la closerie des Trébussonnières. C’est en 1793, après le passage des vendéens dans la Mayenne, qu’il se mit à la tête des réfractaires de Souvigné . Le second, s’appelait Mathurin Poirier, closier à Souvigné où il logeait avec son frère infirme et sourd-muet chez la veuve Breteau, lorsqu’il n’était pas aux gages de quelqu’un. A son arrestation, il était domestique au domaine de la Roche-Talbot. Les chouans continuèrent de faire parler d’eux dans cette commune, ainsi le 30 ventôse an VI (20 mars 1798), un nommé Beaumier demeurant à la Gourmandière chez son frère fut mis à mort par eux au lieu-dit le pré de Grignon. Au mois de septembre 1798, nos deux capitaines faisaient partie d’une division forte de 200 hommes, commandée par Gaullier. Mousqueton fut arrêté par la gendarmerie de Sablé le 10 brumaire, an VII (31 octobre 1798). Elargi, on ne sait comment, par le juge de paix de Précigné, il se plaça comme domestique à la ferme de la Roche-Talbot où il fût arrêté de nouveau par mesure de sûreté le 22 brumaire (12 novembre 1798) et conduit à la maison d’arrêt de Sablé, puis à La Flèche et enfin au Mans. Le 2 nivôse an VII (22 décembre 1798), jour de la foire Sablé, le citoyen Cosnard-Desportes, accompagné de son domestique et de deux autres citoyens sont assommés par des inconnus. Plusieurs habitants de Souvigné furent soupçonnés d’avoir été les auteurs de ces meurtres, du moins d’avoir été complices des chouans. En conséquence, le 7 pluviôse an VII (7 janvier 1799), l’administration centrale du Mans arrêta que les nommés Nicolas Roiné, domestique à la Crucherie, Chausset dit Saint-Martin, domestique à la Herverie, Etienne Ferret, maréchal chez son père, la veuve Le Roy aux Trébussonnières, Merland, tisserand, René Belouin, cordonnier, tous demeurant commune de Souvigné seront sur le champ mis en état d’arrestation. Le 17 pluviôse Gaulier, dit Grand-Pierre, Risque-Tout et six autres rebelles se sont présentés dans la commune de Souvigné et y sont restés tout le jour sans qu’aucun des habitants n’ait averti la force armée. Ils ont enlevé les papiers de l’agent absent et un cachet qu’ils avaient obtenu de la municipalité. Ils sont ensuite allés chez un citoyen de la même commune, ont mis en réquisition des busses* de vin pour leur aider, ont-ils dit, à faire la guerre, avec défense expresse de les vendre. Les mêmes brigands ont déclaré qu’ils avaient poignardé le citoyen Chollier à Ballée et que d’ici peu la commissaire de Sablé subirait le même sort. La situation est assez bien résumée dans cette lettre de Louis Le Maréchal à son collègue du Mans :
Dans une nouvelle lettre du 14 prairial an VII (3 juin 1799), Louis Le Maréchal parle de « la misérable commune chouannée de Souvigné et d’une bande d’infâmes chouans » Risque-Tout sera tué le 7 juin 1799, au combat de Veltro, entre Saulges et Ballée. Mousqueton, était toujours incarcéré le 17 avril 1799, et on ignore ce qu’il devint ensuite. Les activités de la Chouannerie à Souvigné n’étaient pas terminées pour autant, puisque l’on parle quelques semaines plus tard d’un attroupement de brigands armés sur le lieu de Launay, où ils enlevèrent trente boisseaux de froment et quarante deux boisseaux de méteil**. Le coup d’état du 18 brumaire an VII (7 novembre 1799) fera de Bonaparte un Premier Consul et mettra fin à la Chouannerie à Souvigné...et ailleurs. *busse : tonneau de 230 à 240 litres ** méteil : mélange de seigle et de froment
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Le 9 ventôse an VII (3 mars 1799), les chouans étant à Souvigné ont fait enlever chez mon beau-frère Le Monnier une busse* de vin qu’ils avaient mis en réquisition quelques jours auparavant sur un ordre de Risque-Tout. Des scélérats du bourg de Souvigné, le nommé François Breteau et dont la mère paraît être complicede ses brigandages et qui avait été un très mauvais chouan, et un nommé La Douceur, garçon tailleur, ces monstres, sont presque toujours sur la commune de Souvigné perdue de fanatisme et de royalisme à cause de Risque-Tout qui les attire comme capitaine de la compagnie de ces cannibales. |